analytics-et-social-ads

Google Analytics 4 : ce qui change et comment le paramétrer

8 min de lecture
Google Analytics 4 : ce qui change et comment le paramétrer

Google Analytics 4 est la version actuelle de la plateforme de mesure d’audience de Google, présentée le 14 octobre 2020. Elle abandonne le comptage par sessions au profit d’un modèle où chaque interaction devient un événement, réunit sites et applications dans une même propriété, et impose de repenser à la fois le paramétrage et la lecture des chiffres.

Cette rupture explique la plupart des frustrations rencontrées depuis la migration. Les repères de la génération précédente ne se transposent pas, plusieurs indicateurs ont changé de définition, et le cadre applicable aux traceurs a évolué en parallèle. Ce repère décrit le fonctionnement réel de l’outil, la façon de l’installer proprement, l’état du dossier réglementaire en France et les chiffres qui méritent d’être lus avec prudence.

Le modèle événementiel, cœur de Google Analytics 4

Des sessions aux événements

La version précédente organisait tout autour de la session : une visite, des pages vues, une durée, un rebond calculé sur les visites à page unique. Le modèle événementiel renverse cette hiérarchie. L’unité de base devient l’action, décrite par un nom et par des paramètres, et la session n’est plus qu’un regroupement d’actions dans le temps.

Cinq actions portent désormais le même statut technique :

  • un affichage de page ou d’écran,
  • un défilement jusqu’au bas de la page,
  • un clic vers un domaine extérieur,
  • une lecture de vidéo,
  • un envoi de formulaire.

Cette uniformité rend l’outil nettement plus souple, au prix d’une exigence nouvelle : sans convention de nommage écrite, une propriété accumule en quelques mois des dizaines d’événements aux intitulés incohérents.

Les actions jugées décisives sont marquées comme événements clés. L’aide Google Analytics précise que n’importe quel événement collecté peut recevoir ce statut, et que ces événements clés servent de base aux conversions déclarées dans Google Ads sans se confondre avec elles : les premières mesurent une réussite interne, les secondes pilotent des enchères.

Les quatre familles d’événements

Le catalogue se répartit en quatre familles, et savoir à laquelle appartient une action évite de la recréer inutilement.

  • Les événements collectés automatiquement dès la pose de la balise, tels que page_view, session_start ou first_visit.
  • Les événements de mesure améliorée, activables depuis l’interface : défilement, clic sortant, recherche interne, engagement vidéo, téléchargement de fichier.
  • Les événements recommandés, dont Google publie le nom et les paramètres par secteur d’activité, mais qui restent à implémenter.
  • Les événements personnalisés, créés pour les signaux propres à l’entreprise.

Le premier réflexe consiste donc à inventorier ce que la plateforme mesure déjà avant d’écrire une balise. Une part du marquage se règle en cochant trois cases.

Ce que la bascule depuis Universal Analytics a changé

Écran d’ordinateur affichant un rapport de mesure d’audience avec courbes et indicateurs

Google a présenté la nouvelle génération le 14 octobre 2020, puis programmé l’extinction de l’ancienne. Le traitement des données Universal Analytics s’est arrêté le 1er juillet 2023 pour les propriétés standard, et l’accès aux données historiques a été supprimé à partir du 1er juillet 2024. Aucune reprise d’historique n’a été proposée : les deux jeux de données ne coexistent que chez les entreprises qui ont exporté à temps.

Les différences les plus déroutantes tiennent moins aux fonctionnalités qu’aux définitions.

  • La notion de vue disparaît au profit des flux de données et des filtres appliqués à la propriété elle-même.
  • Le taux de rebond change de calcul : il devient l’exact complément du taux d’engagement, et non plus la part des visites à page unique.
  • Les objectifs deviennent des événements clés, configurables sans passer par une URL de destination.
  • L’attribution s’appuie sur des modèles fondés sur les données, là où le dernier clic indirect servait de référence.
  • L’export vers BigQuery devient accessible aux propriétés gratuites, alors qu’il était réservé à la version 360.

Comparer un mois mesuré sous Universal Analytics avec un mois mesuré aujourd’hui n’a donc aucun sens statistique. Les écarts constatés pendant les périodes de double marquage ont surpris beaucoup d’équipes, sans qu’aucun des deux outils ait tort : ils comptent simplement des choses différentes.

Installer une propriété et la régler correctement

Trois voies d’installation coexistent, toutes décrites par la documentation Google Analytics.

  • La balise Google posée directement dans le code, juste après l’ouverture de la section head de chaque page.
  • Google Tag Manager, qui ajoute une couche de gestion et centralise les déclenchements.
  • Les intégrations natives des plateformes de publication, dont WordPress via l’extension Site Kit éditée par Google, ainsi que Shopify ou Wix.

Le choix se tranche vite. Un site vitrine à quelques événements se contente de la balise directe. Dès que le marquage dépasse cinq ou six actions, ou que plusieurs outils doivent recevoir les mêmes signaux, le gestionnaire de balises devient le seul terrain praticable. L’aide Google Analytics indique que la collecte démarre sous trente minutes, vérifiable dans le rapport temps réel.

Les réglages du premier jour

Une propriété laissée telle quelle produit des données pauvres. Cinq réglages changent la donne, et demandent une heure.

  • Porter la conservation des données d’événement à quatorze mois : les propriétés standard n’offrent que deux options, deux ou quatorze mois, contre jusqu’à cinquante mois en version 360.
  • Exclure le trafic interne par plage d’adresses IP, sous peine de compter les allers-retours de l’équipe.
  • Déclarer les domaines concernés lorsque le parcours en traverse plusieurs, faute de quoi chaque passage crée une source d’acquisition fantôme.
  • Marquer les événements clés réellement décisifs, en résistant à la tentation d’en déclarer quinze.
  • Activer l’export BigQuery, gratuit, dont l’export quotidien reste plafonné à un million d’événements par jour sur une propriété standard, le mode flux continu n’étant pas limité en volume.

Deux plafonds méritent d’être connus avant de concevoir un plan de marquage ambitieux : la documentation Google fixe vingt-cinq paramètres par événement et vingt-cinq propriétés utilisateur par propriété. Les flux web acceptent un nombre illimité de noms d’événements distincts, contrairement aux flux applicatifs.

RGPD, consentement et transferts : où en est le dossier

Bandeau de consentement aux cookies affiché sur un site consulté depuis un téléphone

Le sujet a occupé les autorités européennes pendant trois ans. Saisie par l’association noyb, qui avait déposé cent une plaintes après l’arrêt Schrems II rendu par la Cour de justice de l’Union européenne le 16 juillet 2020, la CNIL a mis en demeure le 10 février 2022 un gestionnaire de site français utilisant Google Analytics, jugeant les transferts vers les États-Unis contraires aux articles 44 et suivants du RGPD.

Le nœud juridique s’est desserré le 10 juillet 2023, quand la Commission européenne a adopté la décision d’adéquation relative au cadre de protection des données entre l’Union européenne et les États-Unis. Google s’est certifié auprès de ce cadre, ce qui fournit une base de transfert aux entreprises utilisatrices, sous réserve de conclure l’accord de sous-traitance et de paramétrer l’outil.

Deux points restent structurants pour un site français.

  • L’exemption de consentement prévue pour la mesure d’audience ne couvre pas cet outil : la CNIL réserve ce régime aux solutions strictement limitées à la finalité statistique et au seul compte de l’éditeur. Depuis le 1er janvier 2026, elle a remplacé son programme d’évaluation par un outil d’auto-évaluation destiné aux éditeurs de solutions.
  • Le mode consentement de deuxième génération est exigé depuis le 6 mars 2024 pour les annonceurs diffusant dans l’Espace économique européen, en application du règlement sur les marchés numériques. Il ajoute deux signaux, ad_user_data et ad_personalization, sans lesquels les audiences publicitaires et le suivi des campagnes se dégradent.

Conséquence pratique : un bandeau de consentement conforme reste obligatoire, et une part du trafic échappe à la mesure. Ce paramétrage précède toute discussion sur la finesse des rapports, comme le rappelle notre repère sur ce qu’une agence analytics mesure réellement.

Lire les rapports sans se raconter d’histoires

Taux d’engagement et taux de rebond

L’aide Google Analytics définit une session avec engagement par trois critères alternatifs.

  • Durer plus de dix secondes.
  • Déclencher au moins un événement clé.
  • Générer au moins deux pages ou écrans vus.

Le taux d’engagement correspond à la part de ces sessions dans le total, et le taux de rebond en est le complément exact, réintroduit dans l’interface après avoir été retiré au lancement.

Cette définition modifie l’interprétation. Un article de fond lu pendant quatre minutes sur une seule page compte désormais comme session avec engagement, alors que la génération précédente le classait en rebond. Comparer les deux valeurs d’une version à l’autre revient à comparer deux grandeurs distinctes.

Bureau avec deux écrans affichant des graphiques de fréquentation et un carnet de notes ouvert

Ce que la version gratuite ne fera pas

La plateforme reste gratuite dans sa version standard, avec des contreparties assumées.

  • L’échantillonnage s’applique aux explorations complexes portant sur de gros volumes.
  • La conservation plafonnée à quatorze mois interdit les comparaisons pluriannuelles fines, sauf export vers BigQuery.
  • Les données consolidées arrivent avec un décalage, ce qui rend hasardeuse toute décision prise sur les dernières vingt-quatre heures.
  • Les propriétés très volumineuses voient leur conservation ramenée à deux mois lorsque certains seuils de collecte sont franchis.

Pour la montée en compétence, la certification Google Analytics proposée sur la plateforme Skillshop reste gratuite et valable douze mois. Cette validation sert autant à former en interne qu’à jauger un prestataire.

Reste le raccordement aux investissements publicitaires. Les définitions doivent coïncider entre la propriété et les régies, sujet traité dans notre repère sur la construction d’un budget publicitaire, et les logiques d’attribution diffèrent nettement sur les réseaux sociaux décrits dans notre repère sur les campagnes Meta, LinkedIn et TikTok. Le rapprochement entre les données mesurées et les outils de gestion internes gagne enfin à être automatisé, comme l’expose notre repère sur les outils d’automatisation no-code.

Prochaine étape : ouvrir la propriété, vérifier la durée de conservation, l’exclusion du trafic interne et la liste des événements clés. Trois réglages, une heure de travail, et quatorze mois d’historique exploitable au lieu de deux.